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Affaire Deveryware : les preuves que Juliette Méadel a menti à la HATVP

Le 9 mars 2020, l’ancienne secrétaire d’État Juliette Méadel candidate aux élections municipales à Montrouge a annoncé engager des poursuites contre son concurrent Aurélien Saintoul, candidat pour la liste Montrouge Écologique et Solidaire, en raison de ce qu’elle appelait des « insinuations calomnieuses » au sujet de ses liens avec l’entreprise Deveryware.[1]

Sollicité à ce sujet par des habitants de Montrouge, Aurélien Saintoul apporte des preuves : en affirmant ne pas connaître l’entreprise Deveryware lorsqu’elle était secrétaire d’État à l’Aide aux victimes, madame Méadel a fait à la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) une déclaration en contradiction flagrante avec les faits.

Aurélien Saintoul souhaite que la Haute Autorité se saisisse de ces faits pour éventuellement les signaler à la justice.

Une déclaration mensongère à la HATVP est passible de 3 ans d’emprisonnement, 45 000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité[2].

LES FAITS :

Ancienne secrétaire d’État, Juliette Méadel a dû faire une déclaration d’intérêts à la HATVP afin de pouvoir travailler pour la société Deveryware spécialisée dans les solutions informatiques pour la géolocalisation et la sécurité.

Dans un courrier du 26 janvier 2019, madame Méadel atteste qu’elle «ne connaissai[t] pas la société Deveryware lorsqu’[elle était] membre du gouvernement ». C’est ce qu’indique la délibération n°2019-19 de la HATVP en date du 6 février 2019[3].

Or madame Méadel ne peut avoir ignoré l’existence de la société Deveryware durant ses fonctions entre février 2016 et mai 2017.

  1. La société Deveryware a développé pour l’État l’application SAIP

L’application SAIP (Système d’Alerte et d’Informations aux Populations) est une application visant à alerter les populations, notamment en cas d’attentat.

À plusieurs reprises durant l’activité de secrétaire d’État de madame Méadel, ce système a été sollicité.

Ce fut par exemple le cas le 16 mars 2017, lors d’une fusillade dans un lycée de Grasse[4].

Mais c’est surtout le 14 juillet 2016, lors de l’attentat de Nice que l’application SAIP a été utilisée. Elle avait alors dysfonctionné[5]. Le ministère de l’Intérieur a d’ailleurs choisi de l’arrêter en 2018.

Il est tout à fait improbable que madame Méadel et ses services, chargés de l’identification et de l’accompagnement des victimes, n’aient pas eu à s’interroger sur le déroulé des faits survenus le 14 juillet 2016 et donc sur les dysfonctionnements de cette application.

  • Le 27 janvier 2017 Madame Méadel participait à un colloque aux côtés des représentants de Deveryware

Le 25 janvier 2017, madame Méadel ouvre un colloque sur les victimes de catastrophes. Au panel de la première table ronde est représentée l’entreprise Deveryware, par sa responsable des affaires publiques, madame Delphine Arias. C’est ce qu’indique notamment le programme de l’événement édité par la Société Française de Médecine des Catastrophes[6].

Mieux encore, des photographies prises lors du colloque et diffusées sur Twitter montrent madame Méadel en train justement d’évoquer l’application SAIP devant un écran où est projetée une diapositive portant le nom de Deveryware (en bas à droite). Ces photographies sont partagées par le compte Notico Safe, du nom d’un produit de Deveryware.

  1. L’entourage politique de madame Méadel est très bien représenté au sein de Deveryware

Au cas où il serait besoin d’ajouter des éléments au faisceau d’indices prouvant que madame Méadel connaissait bel et bien la société Deveryware lorsqu’elle était ministre, ajoutons que madame Delphine Arias, responsable des affaires publiques (lobbying) pour cette entreprise[7], fut entre 2012 et 2014 conseillère du député des Hauts-de-Seine Sébastien Pietrasanta (PS), lui-même devenu avocat de Deveryware à la fin de son mandat[8] et soutien déclaré de madame Méadel dans sa campagne municipale à Montrouge[9].

Signalons enfin que la confusion des genres entre les affaires et la politique devient totale lorsque le président de Deveryware, monsieur Jacques Salognon, diffuse sur le réseau Twitter les messages de la campagne de madame Méadel.

On est d’autant plus fondé à s’interroger sur les décisions que pourrait prendre madame Méadel en matière de sécurité publique si jamais elle devait exercer des responsabilités municipales.

[1]https://www.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/municipales-a-montrouge-soupconnee-de-conflit-d-interets-juliette-meadel-annonce-porter-plainte-11-03-2020-8277585.php

[2]https://www.hatvp.fr/comprendre/

[3]https://www.hatvp.fr/wordpress/wp-content/uploads/2019/02/2019-19-Juliette-Meadel.pdf

[4]https://www.lepoint.fr/societe/grasse-fusillade-dans-le-lycee-tocqueville-plusieurs-blesses-16-03-2017-2112323_23.php

[5]https://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/07/21/pourquoi-l-application-alerte-attentat-n-a-pas-fonctionne-le-soir-de-la-tuerie-de-nice_4972750_4408996.html?xtref=https://t.co/MSoNWEUnVa

[6]http://fr.pav75.com/wp-content/uploads/2016/11/Victimes_de_catastrophes_25_Janvier_2017_Programme.pdf

[7]https://www.channelnews.fr/delphine-arias-buffard-rejoint-deveryware-comme-directrice-des-relations-institutionnelles-21606

[8]https://www.lalettrea.fr/action-publique_lobbying/2019/02/27/la-double-casquette-de-juliette-meadel-a-la-cour-des-comptes-et-chez-deveryware,108346576-evl

[9]https://demainmontrouge.fr/document/id:VFGgKpCGtTAAAAAAAAAAGA/Programme2dTour-DemainMontrouge_web.pdf  (voir page 8)